La création 3D repose encore largement sur des manipulations réalisées directement dans les logiciels. Modéliser un objet, créer une animation ou préparer un personnage demande du temps et de nombreuses étapes. Pour les équipes qui développent des applications XR, ce travail doit également tenir compte des contraintes propres aux équipements sur lesquels les contenus seront utilisés. 

L’intelligence artificielle ouvre aujourd’hui de nouvelles possibilités pour faire évoluer ces méthodes de travail. Certaines tâches peuvent être automatisées, tandis que plusieurs outils spécialisés peuvent être associés au sein d’un même processus. 

Dans le cadre du projet européen MOSAICO, nous explorons ces possibilités en tant que porteur de cas d’usage. Notre expérience du développement d’applications immersives sur mesure nous permet d’aborder ces enjeux à partir de situations concrètes et des besoins des professionnels de la XR. 

Pour nos équipes, cette évolution soulève des questions très concrètes. Comment produire du  contenu 3D plus rapidement ? Comment les adapter plus facilement à la diversité des  dispositifs ? Comment faire une utilisation raisonnée de l’intelligence artificielle ? Quelles tâches avons-nous envie de lui déléguer, et lesquelles avons-nous intérêt à conserver ? Et surtout, comment ces nouveaux outils vont-ils modifier le travail des professionnels de la 3D ?  

Un besoin spécifique pour les applications XR  

Partenaire du projet de recherche européen MOSAICO, Immersion développe entre autres des applications et expériences en 3D et en réalité étendue. Ce savoir-faire implique des contraintes particulières : les modèles doivent être adaptés aux équipements utilisés, aux capacités de calcul disponibles et aux exigences de performance propres à chaque casque ou environnement XR. Ces contraintes concernent également les applications elles-mêmes, notamment leur consommation de ressources et leur consommation énergétique. Avec l’avènement de l’intelligence artificielle, Immersion, expert européen des technologies immersives et collaboratives, s’interroge sur le process le plus pertinent pour l’intégration raisonnée de l’intelligence artificielle dans sa chaîne de valeur. C’est un des enjeux du projet MOSAICO.   

Dans ce contexte, la pratique montre que l’utilisation d’un seul outil d’IA généraliste ne répond pas nécessairement aux besoins du développeur. La production d’un contenu 3D peut nécessiter l’intervention de plusieurs compétences et donc de plusieurs agents complémentaires.  

Le cas d’usage étudié dans MOSAICO s’appuie ainsi sur plusieurs modèles spécialisés. Trellis peut être utilisé pour la génération de modèles 3D, iMotion pour l’animation 3D et UniRig pour l’automatisation du rigging de personnages, c’est-à-dire la création de leur structure permettant ensuite de les animer. L’objectif est de faire travailler ces différents composants ensemble au sein d’une architecture capable d’orchestrer les différentes étapes.  

L’approche multi-agents permet ici de répartir les tâches entre plusieurs agents spécialisés plutôt que de demander à un même modèle de prendre en charge l’ensemble du processus.  

Passer de l’utilisation d’un logiciel à la description d’un résultat attendu  

Cette évolution change surtout la manière dont le travail est abordé.  

Dans un processus traditionnel, le professionnel réalise directement les différentes opérations dans son logiciel de création 3D. Il connaît les outils à utiliser et enchaîne lui-même les étapes pour obtenir le résultat souhaité.  

Avec plusieurs agents spécialisés, une partie de ces opérations peut être décrite en amont. Le professionnel formule ce qu’il cherche à obtenir, puis les agents prennent en charge certaines étapes, utilisent les outils nécessaires par itération, et peuvent revenir vers l’utilisateur lorsqu’une information ou une décision est requise.  

Les premiers essais menés autour du Model Context Protocol (MCP) illustrent cette évolution. Ce protocole permet notamment à un modèle d’IA d’interagir avec des outils et des ressources externes. Dans un environnement de création 3D, cela ouvre la possibilité de faire dialoguer l’IA avec les logiciels et outils disponibles sur la machine et d’exécuter certaines opérations.  

Dans un scénario de création 3D, le professionnel pourrait ainsi décrire le résultat attendu plutôt que de réaliser manuellement chaque étape de modélisation d’un véhicule. Les différents outils nécessaires seraient alors mobilisés pour prendre en charge une partie de sa réalisation.  

Le changement ne se situe donc pas uniquement dans l’outil utilisé. Il concerne aussi la manière dont le professionnel caractérise l’objectif et interagit avec son environnement de travail.  

Des agents spécialisés pour répondre aux contraintes de la XR  

La création d’un modèle ou d’un environnement 3D n’est qu’une partie du problème. Dans les applications XR, le contenu 3D créé doit ensuite fonctionner sur un équipement donné.  

Or, les casques ne disposent pas tous des mêmes capacités matérielles et graphiques. Le nombre de polygones pouvant être affichés, la résolution des textures, la complexité des scènes ou encore le niveau de performance attendu varient ainsi fortement d’un dispositif à l’autre. L’adaptation des contenus à ces différentes contraintes repose encore aujourd’hui en partie sur des interventions humaines répétitives.  

Au-delà de l’optimisation des performances visuelles, ce travail vise également à améliorer l’efficacité énergétique des applications. L’autonomie limitée des casques constitue en effet un frein important à certains usages professionnels. L’un des objectifs est donc de réduire la consommation énergétique des applications afin de prolonger la durée d’utilisation des dispositifs sur batterie et de faciliter leur intégration dans des usages opérationnels prolongés.  

Des agents spécialisés pourraient intervenir plus tôt dans le processus. Ils pourraient identifier les caractéristiques de l’équipement cible, analyser le contenu produit et proposer ou appliquer les optimisations nécessaires.  

Pour Immersion, cette dimension est particulièrement stratégique. L’un des objectifs du cas d’usage de Mosaïco est d’explorer comment ces différents agents peuvent contribuer à produire des contenus 3D plus efficacement tout en tenant compte des contraintes de performance des équipements XR.  

Gagner du temps sans supprimer le contrôle humain  

L’intérêt attendu de ces nouveaux flux de travail, augmentés grâce à l’intelligence artificielle agentique, est d’abord concret : réduire le temps consacré aux tâches répétitives et aux différentes étapes de préparation.  

Aujourd’hui, un même contenu peut nécessiter plusieurs adaptations lorsqu’il doit être utilisé sur différents équipements. Une partie du travail consiste alors à identifier les contraintes propres à chaque plateforme et à effectuer les ajustements correspondants.  

Si ces connaissances peuvent être intégrées au processus, certaines opérations pourraient être réalisées plus systématiquement. Le travail effectué une première fois pourrait également servir de base aux adaptations suivantes, avec des contrôles et des règles définis en fonction des besoins.  

Le gain recherché n’est toutefois pas uniquement une question de rapidité d’exécution. Il concerne également la fiabilité du processus. L’automatisation de certaines opérations et la vérification par des agents spécialisés pourraient limiter les répétitions et rendre certaines étapes plus cohérentes d’un projet à l’autre.  

Cela suppose néanmoins de conserver une validation humaine. Le professionnel reste responsable du résultat final et doit pouvoir comprendre ce que le système a produit, pourquoi certaines opérations ont été réalisées et quelles corrections sont nécessaires.  

Une nouvelle place pour le savoir-faire 3D  

Alors, cette évolution pose une question plus large : si une partie des opérations techniques est progressivement automatisée, comment évolue le métier de 3D artist ?  

Le savoir-faire ne disparaît pas, mais une partie de l’expertise peut évoluer. Là où le professionnel passait une grande partie de son temps à réaliser directement les opérations dans le logiciel, il peut être amené à consacrer davantage de temps à la formulation du besoin, au suivi du processus et à l’évaluation du résultat.  

Cela demande de nouvelles compétences. Il faut être capable de décrire précisément ce que l’on attend d’un système d’IA, mais aussi de comprendre suffisamment son fonctionnement pour analyser ses choix et identifier les erreurs.  

Les essais menés dans le cadre de MOSAICO montrent ainsi que l’IA ne fait pas simplement évoluer les outils de production, elle peut aussi modifier la relation entre les professionnels et leurs outils.  

Une évolution des méthodes de travail à accompagner 

Cette évolution représente autant un enjeu technique qu’un enjeu humain. 

Les outils d’IA vont progressivement trouver leur place dans les métiers de la création et du développement. La question est donc aussi de savoir comment accompagner les équipes qui travaillent depuis longtemps avec des méthodes et des outils traditionnels. 

L’objectif n’est pas de mettre de côté l’expertise acquise au fil des années. Au contraire, cette expertise reste indispensable pour définir les besoins, évaluer les résultats et comprendre les contraintes d’un projet XR. Il s’agit plutôt de donner aux équipes de nouveaux outils et de nouvelles compétences pour travailler avec ces technologies. 

C’est aussi l’intérêt d’une expérimentation comme celle menée dans MOSAICO : tester ces approches dans des situations concrètes, avec les contraintes d’une équipe qui développe réellement des applications immersives. 

Être porteur de cas d’usage permet ainsi de faire le lien entre la recherche et nos pratiques de développement. Les technologies étudiées dans le projet sont confrontées à des besoins réels : créer plus efficacement des contenus 3D, les adapter aux différents dispositifs XR et faire évoluer les méthodes de travail des équipes. 

De notre point de vue, l’intelligence artificielle ne remplacera pas le 3D artist ; elle change ce qu’il fait de son temps et de son expertise. C’est cette complémentarité que MOSAICO cherche à éprouver : des contenus 3D produits plus rapidement, mieux adaptés aux équipements XR. Les professionnels gardent ainsi la main sur le résultat. La vraie question n’est donc pas ce que l’IA peut faire, mais ce que nous choisissons de lui confier.